Confession / Projet artistique…

Mon premier contact avec la photographie s’est fait à l’argentique, et sans contrainte particulière. Mon rapport à l’image ne subissait aucune pression (à part celle d’en réussir l’exposition…)

Très rapidement après mon initiation, je me suis orientée vers le portrait intimiste et artistique. Les amies qui me servaient de modèles (et les modèles qui sont devenues mes amies) et moi n’avions aucune attente. Elles posaient et je photographiais pour le plaisir, pour le jeu, pour la satisfaction de faire quelque chose de beau et de bon.

Mon reflex argentique, mon premier amour, quant à lui, a été relayé au rang de « compagnon de route ». Il était le témoin de mes promenades, de ma fascination pour les ombres, de ma lubie des petits détails insignifiants. Il était le rapporteur d’émotions éphémères que je ne pouvais m’empêcher d’immortaliser, souvent maladroitement d’ailleurs.

Avec le temps, en prenant en maturité, en laissant la vie d’adulte s’en mêler, j’ai malheureusement mis de côté la fascination innocente que j’avais pour mon environnement, ou plutôt mon désir de l’immortaliser. Les photos sont devenues un moyen de gagner ma vie, et pour cela, je devais m’éloigner de ce qui m’avait touché dans ce média il y a des années. L’aspect pécunier a épuisé l’intention artistique, et mon appareil ne bougeait plus entre deux séances rémunérées.
Il n’y a que mon compagnon argentique qui continuait à prendre l’air de temps, lors de quelques virées dépaysantes…

Il y a quelques mois, alors que je découvrais les dernières pellicules de mes voyages, j’ai ressenti à nouveau le plaisir qui dormait depuis si longtemps. J’entendais les vagues de la plage de Normandie en revoyant les parasols oranges en sommeil, je sentais le vent sur mon visage en revoyant ce doigt pointé vers l’inconnu. Pour la première fois depuis une éternité, mes images me transportaient, me téléportaient et étaient finalement, après tant d’années d’errance, les véritables témoins du sentiment, de la fascination ou de la lubie ressentie sur l’instant. Enfin, le geste photographique était à la hauteur du moment vécu. Enfin, mon travail me faisait l’effet recherché depuis toujours. Enfin, j’avais réussi à documenter ces instants comme je l’avais toujours espéré.

C’est ainsi que ce projet personnel et artistique s’est imposé à moi. Ces illustrations banales sont finalement des preuves de passages : celui de flots de touristes, d’habitants indifférents, et du mien. L’Homme est là sans y être et l’aspect particulier de la pellicule périmée offre la possibilité de douter du lieu et de l’époque.

Cette série appelle a être agrandie, et c’est un travail sur la durée qui m’attend. Mais si mon attrait pour la photographie en dépend, si cela me permet de renouer avec ce premier amour désabusé et pris de désillusion, alors ça en vaut la peine.

J’espère pouvoir vous présenter le fruit de ce travail bientôt, dans un corpus d’images associées à des textes, imprimé sur papier satiné. Un vrai objet, le premier, pour la postérité.

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